3 jours à Figeac et dans les environs.

Loin des sentiers battus, cet été rendez-vous à Figeac et à Cajarc. Deux communes forts sympathiques du Lot, où il fait bon flâner dans des rues riches d’un patrimoine exceptionnel, tout en se cultivant dans des musées qui valent à eux seuls que l’on s’attarde. Photos L. Rizzo (sauf mention contraire)

Jour 1 – Figeac

A Figeac, ville d’art et d’histoire, 10 000 habitants aujourd’hui, dans un dédale de rues bordées de belles demeures médiévales, le dernier lieu où l’on cause c’est, de toute évidence, la place Champollion. Près de la maison du grand homme transformée en musée dédié aux écritures dont la façade est ornée d’un moucharabieh typographique polyglotte, fruit d’un travail de recherche de plus de 5 ans avec plus de 28 écritures de toutes les époques, les deux cafés sont toujours très animés. Y compris le samedi matin, jour du grand marché, qui s’étale sous la halle de la place Carnot et dans les rues adjacentes jusqu’à l’office de tourisme, installé dans l’hôtel de la Monnaie, une maison gothique à arcades du XIIIe siècle, dont l’une des façades a été si bien reconstruite au XXe siècle que l’on n’y voit que du feu. C’est un bel exemple de ces vastes demeures dans ce qui fut le cœur du Figeac médiéval, bâti à partir du IXe siècle autour d’une abbaye bénédictine, dont l’église St Sauveur, non loin des eaux du Célé qui traverse la ville, est le seul vestige. « A Figeac, qui se traverse du nord au sud en quinze minutes à pied, il faut lever la tête pour admirer les maisons dont certaines  sont coiffées de soleihos, des greniers ouverts sous les toits qui servaient à faire sécher le linge et les aliments, tout en faisant attention où l’on met les pieds », explique avec humour Brigitte Billet, guide conférencière notamment à l’office de tourisme de Figeac. Beaucoup datent de la période médiévale, l’âge d’or de la ville, à une période où Figeac était un centre de commerce important d’où l’on exportait vers les ports méditerranéens et le Moyen- Orient, du vin, du chanvre, des chaudrons, du cuivre….Depuis, Figeac a vu naître Champollion (1790-1832), qui n’a que 9 ans quand il se passionne pour les langues et les anciennes écritures orientales. La ville lui rend hommage notamment avec la place des écritures que l’on atteint en empruntant un court passage juste derrière le musée à son nom. C’est une cour du XIIIe siècle entourée de murs de pierre et réaménagée avec brio en 1990 par l’artiste américain Joseph Kosuth qui y a installé sur le sol une grande réplique de la pierre de Rosette, celle-là même qu’a réussi à déchiffrer Champollion, ce qui le rendit célèbre. Il s’y donne régulièrement des spectacles et des concerts. De là, quelques marches mènent à l’hôtel de Colomb, un hôtel médiéval restructuré au XVIIe siècle, offert à la mairie par les descendants du maître verrier à qui il appartenait autrefois. Il abrite aujourd’hui le service du patrimoine et de l’urbanisme de la ville, qui y a monté une exposition permanente sur l’histoire de la cité. Puis, on peut repasser par la place Champollion avant de grimper à droite de la maison du Griffon, au-dessus du tabac, qui serait l’une des plus anciennes de la ville, vers l’église Notre- Dame-du-Puy, ancien bastion de guet des protestants d’où l’on a une belle vue sur la vieille ville. 

A voir absolument: le musée Champollion, les écritures du monde

Le musée Champollion, les écritures du monde a ouvert en 2008, après deux ans de restauration et d’extension de l’ancien musée qui se situait depuis 1986 dans la maison de Champollion, qui appartenait à sa mère. L’idée : élargir les collections au-delà de l’égyptologie et en faire un musée dédiée à la fabuleuse histoire humaine de l’écriture, apparue il y a plus de 5000 ans, dans plusieurs endroits du monde. Depuis les quatre écritures fondatrices, les cunéiformes mésopotamiens (- 3 500 ans) , les hiéroglyphes, les caractères chinois et les glyffes mayas, jusqu’aux tablettes et smartphones contemporains. Plus qu’un tournant, une révolution pour ce musée assez unique puisque lorsqu’il a ouvert c’était le seul du monde à s’intéresser à l’écriture avant qu’un autre ne soit créé en Corée. Et c’est absolument passionnant. A condition mais pas que, -c’est un conseil d’ami-, de suivre un guide conférencier comme Jérémie , qui nous a tenu en haleine pendant plus de deux heures. Qu’est-ce qu’une écriture ? A quoi servaient-elle au début ? Comment les alphabets ont-ils été inventés ? Pourquoi certains peuples, comme les Celtes, n’ont-ils pas d’écriture ? … Autant de questions auxquelles le musée répond à travers plus de 600 objets, dont le livre des morts de Néfériou (IIIe siècle avant JC), une momie ou des écailles de tortue sur lesquelles les Chinois gravaient des tablettes d’argile (IVe siècle) . Ainsi, au fil du cheminement, de l’histoire du livre du Moyen-Age à la liseuse, en passant par la vie et l’œuvre de Jean-François Champollion, qui décida à 17 ans qu’il consacrerait sa vie à déchiffrer les hiéroglyphes, ici on apprend en peu de temps, au vu de cette histoire si riche, tout ou presque sur la fabuleuse histoire de l’écriture.    

Et aussi :

A consulter, pour repérer les monuments remarquables de Figeac : « Le circuit découverte des clés » édité par l’Office de tourisme. Ou s’adresser à l’office de tourisme pour réserver un.e guide conférencière. 

 

Jour 2.  Direction  Cajarc par la vallée du Lot.

Cajarc, c’est la patrie de Françoise Sagan qui y est née dans une grande maison bourgeoise du XIXe siècle encore visible à ce jour. Georges Pompidou y avait aussi une maison sur le Causse et en a été conseiller municipal. Mais ce qui a rendu vraiment célèbre ce petit bourg de 1000 habitants, c’est Coluche, avec son fameux sketch le Schmilblick. Il avait une maison à dans la région et y faisait ses courses. On peut d’ailleurs encore voir la fameuse boutique « Chez Moulino » transformée depuis en crêperie.

Chez Moulino, ancien magasin d’articles de pêche désormais reconverti en crêperie, rendu célèbre par Coluche.

Pour s’y rendre en partant de Figeac, on prend le chemin des écoliers, direction Faycelles (724 hts), quelques maisons perchées sur une falaise autour d’une église, pas du tout désert comme pas mal de villages dans le Lot, avec sa zone multi-service, où l’on ne compte pas moins qu’un coiffeur, une boulangerie ouverte deux fois deux heures par semaine et « La petit’ pause », un restaurant, gîte, épicerie, salle de spectacle ouvert 7 jours sur 7 d’avril à septembre, depuis trois ans, et aux horaires plus restreints en hiver.  A sa tête Maiwand Noorzai, un ancien financier afghan et son amie, originaire du village, musicienne et ingénieur agronome qui travaille en partie à Paris. L’été, le couple y organise deux concerts par mois qui drainent des gens de la région.

Maiwand Noorzai sur la terrasse de la Petit’Pause à Faycelles.

En cet après-midi de juin, c’est le repère des randonneurs qui sillonnent le fameux chemin de St Jacques de Compostelle, très couru par ici. Autre activité locale prisée: suivre à pied le circuit des falaises, 4 kilomètres avec de beaux points de vue sur les monts d’Auvergne, la vallée du Lot et le village. La route descend ensuite vers le Lot, avant de remonter à flanc de Causses vers Saint-Pierre-Toirac où une pause s’impose à l’église fortifiée romane, 53 chapiteaux du XIIe siècle très bien conservés puis aux Loupiotes, un restaurant de village crée il y a 5 ans par  Coline et Laure. « Le village, 140 habitants est hyper dynamique, expliquent-elles. Nous avons choisi d’ouvrir ici car nous y vivons avec nos enfants et nous voulions y rester et y travailler. Autour il y a de grandes prairies sèches, de l’eau, des élevages de brebis sur le Causse et un gros réseau de producteurs avec qui nous travaillons toute l’année ». Au menu: des plats de saison à base de produits frais et locaux. Et le soir c’est pizza. La « clientèle du territoire » comme dit Coline, ne s’y est pas trompé et est au rendez-vous. 

Mais il est temps de redescendre vers le lit du Lot que nous allons longer jusqu’à Cajarc. Au passage, une petite pause s’impose au château de Larroque-Toirac, une impressionnante forteresse privée, nichée au creux de la falaise, qui se visite en saison l’après-midi. Mais, mieux vaut prendre rendez-vous, car les chatelains ont parfois leurs humeurs. On passe ensuite devant Montbrun, autre village perché, dominé par les ruines d’un château médiéval, avant d’atteindre Cajarc, au-delà d’une des boucles du fleuve. Le petit bourg, très actif dans le commerce sur le Lot au Moyen-Age (1000 habitants) était un port batelier avant de se lancer dans les phosphates au XIXe siècle puis aujourd’hui dans la culture du safran relancé depuis les années 90 par une poignée de passionnés. Lové au pied du Causse et construit en rond autour de son église, il garde de belles traces des différents épisodes de sa longue histoire. Pour s’en apercevoir, il faut suivre Jacques Borzo, l’ancien maire jusqu’en 2020, qui se fait un plaisir de nous faire visiter, dans le cadre du dispositif « Entraz-visitez avec l’habitant ». Saxo amateur, il a une groupe de blues et a créé une école de musique qui accueille 204 élèves. Pas mal pour une si petite commune, qui a eu son heure de gloire dans les années 60, quand toute l’intelligentsia parisienne y descendait.  Depuis, cela s’est calmé mais Cajarc reste « un bassin de vie de 4 200 habitants car à 25 kilomètres à la ronde il n’y a pas de commerçants, nous explique Jacques Borzo, tout en nous guidant dans les rues du petit centre ancien, au-delà du Boulevard du Tour-de-Ville, construit sur les anciens remparts et qui délimite le village médiéval. IA Cajarc il y a dix restaurants, trois bouchers, trois traiteurs et trois médecins. Et 120 000 visiteurs par an, surtout en été », nous explique-t-il. Nous passons devant des demeures des XIV et XVe siècles, dans les rues qui mènent à l’église St Etienne, avant de rejoindre l’ancien port marchand  transformé en base de loisirs.

Autre lieu central de la ville : le Centre d’Art Georges et Claude Pompidou, installée dans l’ancienne école de garçons (fermée dans les années 60) et une résidence d’artistes à Saint-Cirq-Lapopie . Il a été créé par un groupe d’amateurs d’art avant d’être labellisée centre d’art contemporain d’intérêt national en 2018. Une belle reconnaissance, venue après coup, pour ce lieu qui est le seul centre d’art contemporain du Lot et organise des expositions d’art contemporain de référence tout en menant des projets de sensibilisation à l’art contemporain dans les écoles et les collèges et des projets de création avec des artistes français et internationaux accueillis en résidence y compris en milieu agricole, pour des périodes allant de quelques jours à plusieurs mois. « C’est une autre façon de montrer l’art, explique Thomas Delamarre, son directeur, qui organise également tout au long de l’année, des concerts, des visites d’ateliers d’artistes, des soirées de projection et des rencontres. La prochaine exposition, montée en partenariat avec les Abattoirs de Toulouse et le musée Frac Occitanie en collaboration avec le musée Goya de Castres, promet d’être inoubliable (cf Carnet de bord).

Jour 3- La grotte de Pech Merle à Cabrerets.

Direction Cabrerets et la grotte de Pech Merle. Avec ses superbes cavités et sa racine de chêne qui descend tout droit au fond d’une immense salle pour capter l’humidité ambiante, elle vaut en soi le détour. Mais Pech Merle c’est aussi et surtout l’une des grottes ornées naturelles majeures de l’art paléolithique européen. Sa grande taille, plus de 2 kilomètres de long, avec des salles au volume important, permet de la visiter sans endommager les exceptionnelles peintures pariétales très bien préservées, car l’entrée a été comblé par un éboulis à la fin de l’ère glaciaire il y a environ 12 000 ans. La visite se fait en petits groupes avec un guide qui ne manquera pas de vous montrer les perles de caverne, des pierres arrondies par le ruissellement des eaux et parfaitement rondes, absolument incroyables. Ou les empreintes de pas laissées là il y a 12 000 ans, probablement par un adolescent. Mais le clou du spectacle reste sans conteste les dizaines de dessins peintures et gravures, dont une représentation humaine « l’homme blessé », ce qui est rare et la très belle « frise noire », large de plusieurs mètres qui représente une série de bisons, aurochs, chevaux et mammouths, réalisée avec du charbon de bois il y a plus de 29 000 ans. Un film et un petit musée complètent la visite.

Carnet de bord

Où dormir ?

Best Western Hôtel Le Pont d’Or, 2 avenue Jean-Jaurès à Figeac. Accueil sympa et grande terrasse sur le Célé. Tél. : 05 65 50 95 00. www.hotelpontdor.com

Noct’en bulle. Des chambres d’hôtes dans des bulles à Cabrerets avec spa privatif et terrasse de 100 m2 pour une immersion totale sous le ciel étoilé.  Noct-enbulle.fr

Où manger ?

-Le Safran à Figeac. Cuisine raffinée dans une ancienne cour, 17, rue de Clermont. Tél. : 05 65 38 45 41.

-La Petite différence à Figeac pour un déjeuner sur le pouce. 15 rue Gambetta. Tél. : 05 65 50 31 08.

-La petit’ Pause, bistrot de pays, café culturel, épicerie, restaurant et gîte,  5 rue de la Forge à Faycelles. www.lapetitpause.fr

 -Les Loupiottes, 4 place des Platanes à Saint-Pierre-de-Toirac. Tél. : 06 35 25 53 56.

-Le jeu de Quille, une adresse reconnue de Cajarc. Cuisine de saison et de terroir par Grégory Dattiches, un jeune chef formé chez le chef étoilé Pascal Bardet,  7 boulevard du Tour-de-ville. Cajarc. Tél. : 05 81 24 01 43

-Hôtel restaurant des grottes à Cabrerets. Cuisine locale simple mais goûteuse sur une grande terrasse fort agréable sur la rivière.

A faire également:

-Les safraniers du Quercy à Cajarc. Tel. : 05 65 23 22 11, Visites de safranières vers la mi-octobre. Renseignements à l’office de tourisme de Cajarc ou auprès de l’association  octobresafranduquercy.com

-Grottes de Pech Merle à Cabrerets. Tél. : 05 65 31 27 05. www.pechmerle.com. Réservation obligatoire. Entrées limitées à 700 visiteurs jour par groupe de 25 personnes toutes les demi-heures. Température constante à 12°5.

-Activités nature: randonnées ou canoës-kayak sur le Lot. Renseignements à l’office de tourisme.

www.tourisme-lot.com

www.tourisme-figeac.com

info@tourismefigeac.com

 

 

Les expositions de l’été

« Hangeul, la volonté d’un roi ». Le Hangeul vous connaissez? Si la réponse est non, cette exposition sur la culture coréenne à travers son écriture, organisée avec le National Museum of World Writing Systems d’Incheon (Corée du sud) est pour vous. Créée en 1443 par le roi Sejong dans une volonté de faciliter l’alphabétisation de son peuple, le hangeul est l’une des rares écritures dont la genèse et la mise en place est parfaitement documentée.

Musée Champollion les écritures du monde. Du 4 juillet au 11 octobre, place Champollion, Figeac. Tél. 05 65 50 31 08.  Comptez une visite moyenne d’une heure trente minimum pour la collection permanente.

A Cajarc :

Lionel Sabatté, Les cornes , 2022 – Ciment, filasse, pigments, fer à béton, 142 x 229 x 44 cm PRESSE © Gregory Copitet

A Cajarc et Saint-Circq-Lapopie, ne pas rater l’exposition « Un désir souterrain » de Lionel Sabatté. L’artiste, prix Marcel Duchamp 2025, travaille sur les évolutions de la matière et des organismes vivants dues au passage du temps. Il a séjourné dans le Quercy à l’invitation de la Maison des Arts, ce qui lui a inspiré un bestiaire hybride, dessins au poils de brebis, tapisseries rehaussées au brou de noix, gravures sur bloc de pierre calcaire, tout droit surgit des grottes souterraines et composé de matériaux porteurs d’histoire qu’il a ramassé lui-même. Des œuvres  à contempler en regard des dix peintures prêtées par le musée Goya de Castres. C’est superbe. Entrée libre.

A Cajarc Saint-Circq- Lapopie du 5 juillet au 30 août. Puis à la Maison des Arts Georges et Claude Pompidou, 134 av Germain Canet, Cajarc. Du 2 septembre au 1er novembre 2026.
Tel. : 05 65 40 78 19