« Un irrépressible besoin d’ailleurs »

« L’an prochain à Truth or Consequences, Rêverie américaine » est un OVNI littéraire, pas vraiment un roman, pas vraiment une autobiographie, pas vraiment un récit de voyage. Tout part d’une histoire vraie, complètement loufoque. Prenez une petite ville américaine, qui vivotait doucement grâce à ses sources chaudes (elle en tire son nom, Hot Springs). Dans les années 50, l’animateur d’un jeu, « Truth or Consequences », lance un grand concours : « Quelle est la ville qui prendra le nom du jeu ? » Hot Springs gagne et devient Truth or Consequences, TorC. L’héroïne découvre cette histoire, n’a de cesse de découvrir cette perle du Nouveau Mexique et prépare d’arrache-pied son départ. Elle est « falling in love (tombée en amour) » avant d’avoir foulé le sable du Rio Grande.

Elle avait persuadé Claude sa grande amie, aussi exubérante qu’elle est réservée, de l’accompagner. Malheureusement la maladie a été la plus rapide. Claude ne foulera jamais le sol de TorC. S’engage un dialogue brisant le mur qui sépare les vivants des morts. L’esprit caustique et cinglant de la disparue s’en donne à cœur joie. Dans le même temps, le lecteur découvre que Hot Springs était autrefois une ville mal famée où, sur Main street, les bordels, répondant au joli nom de Brodthels, jouxtaient les maisons de jeu. Ce qui ne peut que ravir notre fantôme.

Ce TorC est devenu au fil des ans un Saint-Paul de Vence à la sauce américaine. Beaucoup d’artistes s’ y sont installés ; galeries d’art et petit musée font la trame de la cité. Le lointain passé minier reste malgré tout omniprésent. Si j’ai tout compris, la ville est un caillou démocrate dans le sabot de l’éléphant républicain. Même si les autochtones ne sont pas très visibles, le musée porte le nom de Geronimo, le héros apache des Amérindiens. Il serait venu se tremper dans les sources chaudes de la ville pour se ressourcer après ses combats héroïques.

Dans le dernier quart, apparaît un Pierre, photographe de son état. Il est esquissé comme un elfe au regard tendre et distant. Comme un elfe, il disparaît sans crier gare, ou presque. C’est trop ou trop peu. Mais avec lui, la narratrice découvre les délices du rodeo. Nous n’en saurons guère plus. Mais un signe qui ne trompe pas, Claude et son esprit sarcastique s’éloignent ou sont mis à distance, on ne sait.

La narratrice se glisse avec délices dans les us et coutumes de la ville, fraternise avec les serveuses de café, les guides, les artistes, les rancher. Ce sont les moments les plus émouvants du livre. « Je suis d’ailleurs, mais je suis d’ici aussi. Je veux comprendre votre mode de vie et vos traditions, je ne les juge pas, je les adopte », dit-elle. Un vadémécum pour toutes celles et ceux qui ont un irrépressible besoin d’ailleurs, mais qui ne savent pas comment s’y prendre ou qui arrivent avec, dans leurs bagages, un passé trop lourd.

A lire

« L’an prochain à Truth or Consequences, Rêverie américaine » de Corinne Welger-Barboza chez L’Harmattan.

Prix : 23 €