Bordelais : les nouvelles pistes de l’œnotourisme (1)

À vingt minutes seulement du centre de Bordeaux, la Route des Vins des Graves et Sauternes offre l’un des itinéraires les plus complets pour découvrir le vignoble bordelais : rouges puissants et aromatiques, blancs secs et liquoreux d’exception se côtoient sur un même territoire, entre les châteaux historiques somptueux et les paysages paisibles du Bordelais.

Sur la rive gauche de la Garonne, non loin de l’océan Atlantique, le vignoble des Graves et Sauternes couvre 7 300 hectares de vignes et se présente comme la seule route des vins de Bordeaux à réunir des crus classés dans les trois couleurs. C’est aussi l’un des plus anciens vignobles de la région. Les vins du Bordelais seraient d’ailleurs nés sur cette rive gauche de la Garonne. Les vins de Graves tenant même leur nom de ce sol si particulier, couvert de galets et graviers déposés par la Garonne au fil des millénaires.

En Gironde, une signalétique spécifique précise que l’on sillonne bien la Route des vins Graves et Sauternes. ©Phlabeguerie.

L’itinéraire de cette route des vins – moins connue que celle des Saint-Emilion – traverse pourtant quatre crus de renom dont les Graves classés de l’appellation communale Pessac-Léognan.

En route… pour la Route des vins !

La route des Graves et Sauternes peut se parcourir en une journée ou s’étaler sur un week-end voire plus pour celles et ceux qui désirent prendre le temps de déguster toutes les richesses du terroir et d’un territoire marqué par de superbes et prestigieuses demeures de maîtres superbes. Le tracé rassemble 130 professionnels labellisés et met en avant une expérience complète du vignoble, à la fois culturelle, gastronomique et paysagère.

L’itinéraire conseillé démarre généralement aux portes de Bordeaux, dans le vignoble de Pessac-Léognan. Ici, l’étape incontournable est celle du Château Pape Clément, dont les premières vendanges remontent à 1252, ce qui en fait l’un des plus anciens domaines du Bordelais encore en activité.

L’histoire du lieu remonte au XIIIe siècle. Le domaine est associé à Bertrand de Goth, devenu plus tard le Pape Clément V.

Le sol typique des Graves et les roses qui bordent les pieds de vignes. ©NT

La visite commence par les parcelles de vignes bordés de roses rouges. « Les sols typiques des Graves captent la lumière comme un miroir naturel, les galets et graviers emmagasinant la chaleur du soleil le jour pour la restituer la nuit », explique le guide qui nous conduit ensuite dans le cuvier où des cuves modernes côtoient le bois. Car, comme le rappelle les vignerons du cru, sur ce terroir, tout est affaire d’équilibre. Le cabernet sauvignon apporte la structure, le merlot la rondeur, tandis que les blancs – sauvignon et sémillon – expriment une tension aromatique très précise.

Dans les chais à barriques, l’atmosphère change encore : odeur de chêne, lumière tamisée, alignement presque militaire des fûts. Le vin y repose environ seize mois, développant progressivement sa structure et sa complexité.

Exemple de barriques en chênes.©NT

Si on quitte a regret, après la visite du jardin du Pape Clément et de sa superbe et odorante roseraie, ce domaine de prestige, la Route des vins propose très rapidement une consolation XXL.

Dormir comme un châtelain à la Chartreuse du Haut-Bailly

A Léognan, à quelques kilomètres de Pessac, passez une nuit au cœur du vignoble, dans un domaine de prestige la Chartreuse Haut-Bailly, élégante bâtisse du XVIIIe siècle magnifiquement restaurée. Étape prestigieuse et si intimiste qu’elle vous donnera l’illusion de vivre une vie pour une nuitée ou quelques journée, une vie de châtelain.

Les chambres spacieuses, tout en sobriété et élégance s’ouvrent sur le jardin où un jasmin odorant parfume la nuit. Le matin, la lumière glisse en douceur sur le vignoble tout proche. Profitez du calme matinal pour un plongeon dans l’élégante piscine. L’occasion aussi d’assister à l’arrivée des travailleurs saisonniers venus récolter les précieux raisins. De quoi partir ensuite à la découverte du Château éponyme et quasi limitrophe.

Informations complémentaires sur : https://www.haut-bailly.com/nos-chambres/

Le Château du Haut-Bailly, entre héritage et innovation

Bienvenue au Château Haut-Bailly où l’on découvre ce que l’alchimie du passé et du futur offre de mieux en matière de grands crus classés Pessac-Léognan.

©NT

Dans l’un des plus vieux vignobles du bordelais, on va à la rencontre d’une des plus jeunes appellations. On y découvre surtout un domaine ultra sophistiqué et « un très haut niveau d’exigence », note Agnès Ardurats, chargée d’œnotourisme qui assure les visite de ce domaine exceptionnel, dans tous les sens du terme.

Le chai notamment impressionne. L’effet waouh est immédiat face à ce qui ressemble à une station spatiale. Le volume architectural futuriste réussi cependant l’exploit de se fondre dans le paysage et de ne pas jurer aux côtés de la demeure historique du domaine. Cette architecture, au coût financier non communiqué, est l’œuvre de Daniel Roméo qui a pensé ce chai pour le rendre à la fois spectaculaire, ultra-performant et discret. Le bâtiment a semi-enterré est surmonté d’un toit végétalisé qui relie visuellement le château, les vignes et le bâtiment technique où toutes les étapes ont été pensées pour répondre aux exigences de la labellisation Haute Qualité Environnementale (HQE).

La route se poursuit ensuite vers d’autres châteaux même s’il impossible d’en dresser ici une liste exhaustive. On s’arrêtera avec curiosité Au Château de Rouillac à Canéjan, où le propriétaire du domaine, Laurent Cisneros a réussi à conjuguer ses deux passions : le cheval et le vin.

Laurent Cisneros présente quelques uns de ses crus bordelais aux appellations faisant référence à son autre passion : le cheval. ©NT

Le vin, nouveau Dada du Château de Rouillac

Le Château de Rouillac à la production vinicole propose notamment des cuvées Little Dada ou El Caballito et des dégustations dans le charme inattendu des anciennes écuries sous le regard d’Apache, champion de concours hippique plus ou moins à la retraite, tandis que Titan, imposant Percheron laboure patiemment les vignes.

Une atmosphère où le raffinement du lieu répond à l’élégance d’un Bordeaux qui privilégie à 80 % le Merlot dans son assemblage, car comme le dit justement Laurent Cisneros : « Le Bordeaux a changé, le goût des clients aussi. Désormais, on cherche le fruit, la fraîcheur et la finesse ». L’image d’un Bordeaux très – trop – tannique a semble t-il bien vécu.

Accords mets/vins, le must du Château Malartic-Lagravière

Une impression qui va se confirmer au Château de Malartic-Lagravière où les ateliers accords mets/vins sont légions. Grand crû classé de Graves, le château a fait de l’art de recevoir une véritable signature, en multipliant les expériences autour de la cuisine et de l’œnologie. Parmi les dégustations les plus appréciés des visiteurs figure l’Atelier du Chef.

Après une découverte du vignoble, des chais et des installations, vient le temps de mettre la main à la pâte et préparer un déjeuner avant de le déguster dans les salons privés du Château. Une expérience proposée toute l’année sur réservation à partir de deux personnes.

Pour les plus pressés, l’Atelier des Trois Saveurs invite les visiteurs à explorer trois associations simples mais révélatrices : une bouchée salée avec un vin blanc, un fromage local avec un autre cru du domaine puis un chocolat de dégustation destiné à mettre en valeur le grand vin rouge de la propriété. La démonstration concrète et flagrante de l’influence des mets sur la perception du vin. Cette approche gourmande a valu au Château la reconnaissance internationale avec la médaille d’or du Best of wine tourism. L’information est cocasse lorsque l’on sait que la famille Bonnie, propriétaire du domaine, est aussi connue pour être le fondateur de l’Eau écarlate, ce puissant détachant aujourd’hui disparu.

Château Lusseau : la révolution tranquille de Bérengère Quellien

Cette route des Graves, parsemée de domaines prestigieux permet de découvrir des adresses plus confidentielles. Parmi elles, dans la petite commune d’Ayguemorte-les-Graves se trouve le Château Lusseau. Malgré le soleil impitoyable, l’accueil bon enfant de Bérengère Quellien, l’hôte du des lieux est rafraichissant. Ici le vignoble ne compte que sept hectares. Une taille modeste revendiquée comme une force, celle qui permet de connaître chaque parcelle et de travailler la vigne presque comme un jardin.
A la tête de la propriété depuis 2000, l’hôte des lieux n’était pas destinée à devenir vigneronne. Juriste de profession, elle a repris le domaine familial avec la volonté d’insuffler une nouvelle dynamique sans renier l’héritage parental. Son credo, produire des vins sincères, respectueux de leur terroir et de l’environnement. Une philosophie qui l’a conduire a convertir le vignoble à l’agriculture biologique dès la reprise du domaine.

Cette quête d’authenticité se retrouve dans les vins. La cuvée élevée en barriques exprime toute la profondeur des Graves, tandis que la Cuvée Bérengère, élevée uniquement en cuve, privilégie le fruit, la fraîcheur et l’accessibilité.

Une dégustation originale à six mètres de haut, presque dans la canopée du séquoia de Bérengère Quellien.©NT

Mais le Château Lusseau ne se limite pas au vin. Bérengère Quellien a développé un véritable lieu de découverte où les visiteurs peuvent participer à des dégustations conviviales, partager des bouchées apéritives branchée… à six mètres de haut, sur une plateforme dans la cime d’un sequoia bi-centenaire, au cœur de notre parc pour profitez d’une vue à 360° sur le vignoble et le château. Une manière originale d’ouvrir les portes du vignoble et de montrer que l’œnotourisme peut aussi rimer avec nature et convivialité.

Toujours animée par son engagement environnemental, la vigneronne qui nous confie « subir plus que gérer le réchauffement climatique » expérimente aujourd’hui la réintroduction des arbres au cœur des vignes afin de favoriser la biodiversité.
Avec sa connaissance intime de son terroir, ses convictions écologiques profondes et sa volonté de partager, avec simplicité, le plaisir du vin, Bérengère Quellien prouve qu’il n’est pas toujours nécessaire de posséder des dizaines d’hectares pour signer de grands vins.

A suivre….Les blancs du Sauternes.

Et si vous fabriquiez votre propre Bordeaux ?

Impossible de quitter cette première étape de la route des Graves sans découvrir tout l’art de l’assemblage des vins, lors d’un séjour au Vignes Reines dans le petit village d’Illats.

La jolie bâtisse du XVIIIe siècle propose en plus des traditionnelles dégustations accords mets/vins, la découverte in vivo de l’assemblage des différents cépages.

Aux manettes Ophélie, l’une des deux hôtes des Vignes Reines propose cet atelier unique où l’on déguste à l’aveugle, rouge, blanc ou rosé puis vous fait découvrir les cépages 100% Merlot, ou 100% Cabernet Sauvignon. Les papilles s’initie alors aux diverses arômes, les narines aux diverses parfums et l’on comprend rapidement le besoin d’assembler ces cépages aux typicités très (trop) marquées pour un faire un produit d’exception équilibré. Guidé par Ophélie on apprend comment un simple pourcentage peut-il transformer les arômes, la structure ou la longueur en bouche ? Éprouvettes en main, vous expérimentez, comparez et composez vos propres assemblages comme un véritable maître de chai. Que vous soyez amateur de vin, curieux ou passionné, cet atelier est accessible à tous. Il n’est pas nécessaire d’être un expert : il suffit d’avoir envie de partager un bon moment et de se laisser surprendre. Entre échanges, dégustations et conseils, vous découvrirez le travail minutieux qui se cache derrière chaque bouteille. Vous aurez même la fierté de composer votre propre Bordeaux de l’assemblage à l’embouteillage et de repartir avec ce crû assurément exceptionnel !

Pour en savoir plus et réserver votre séjour : https://www.lesvignesreines.com/