Sorolla, maître du blanc et de la lumière

Joaquin Sorolla, peintre valencien, installé à Madrid, est à découvrir à la fondation Bemberg, à Toulouse, jusqu’au 13 septembre.

« Le malheur des uns fait le bonheur des autres« , comme dit l’adage. Celles et ceux qui ont fait le voyage à Madrid pour visiter la maison-musée du peintre valencien Joaquin Sorolla (1863-1923) en sont pour leurs frais ; fermée plusieurs mois pour cause de travaux. Mais la fondation Bemberg, qui a élu domicile dans l’un des plus beaux hôtels particuliers de Toulouse, l’Hôtel d’Assézat, profite de cette fermeture et accueille, jusqu’au 13 septembre, les œuvres de ce peintre méconnu en France.

Pourtant le jeune Sorolla avait été honoré, en 1895, d’une médaille d’or au Salon de la Société des Artistes français pour son « Retour de la pêche, le halage de la barque ». L’État avait acheté la toile. Elle est visible au musée d’Orsay. Puis il a sombré dans l’oubli.

Autoportrait, © Museo Sorolla.

Sorolla n’est cependant pas ce que l’on peut appeler un peintre maudit. Il acquiert une belle notoriété rapidement. En 1909, est organisée à New York une grande exposition de ses œuvres par la Hispanic Society of America. Cette même fondation lui commande, en 1911, une fresque destinée à sa bibliothèque, intitulée « Vision d’Espagne ». Pour peindre avec réalisme les types et coutumes des différentes régions espagnoles, le peintre parcourt toutes les provinces de son pays. Les études et  tableaux faits pour préparer ce décor sont visibles à l’Hôtel d’Assézat. Réalistes, ils sont une photographie à l’instant T d’une Espagne tout à la fois en pleine évolution et d’un grand archaïsme. Ses gitanes à l’œil charbonneux, ses vendangeurs courbés sous le soleil, sa vision des jardins du Generalife, déserts à l’époque, sont autant de témoignages aussi parlants que la photographie. D’ailleurs, à la photographie naissante, l’artiste emprunte l’art du cadrage. Pour mémoire, en 1879, à 16 ans, Sorolla installe son premier atelier dans la maison du photographe Antonio García Peris, qui deviendra son beau-père. Ceci explique sans doute cela.

En famille, sur le sable de la plage de zarautz © Museo Sorolla.

Mais le plus intéressant dans son travail est la relation qu’il instaure entre le blanc et la couleur ; cette dernière disparaissant au profit du blanc. De ses origines du Levant, il a gardé la brutalité des contrastes. Il a su capter dans son pinceau la limpidité du ciel valencien, ce bleu tirant sur le blanc, irradié par un soleil de plomb. L’écume de mer est blanche, les vêtements des baigneurs le sont aussi. Mais qui aurait pu dire qu’il existe des milliers de blanc, avec des nuances infimes et infinies. Ces blancs éblouissants sont mis à contribution dans toutes les toiles de bord de mer, du filet du pêcheur à la capeline de la jeune fille qui trempe ses pieds dans l’eau. La toile la plus emblématique de cette exploration des blancs représente sa jeune femme, Clotilde García, à la chevelure noire et Elena, son dernier enfant nouveau-né, au bonnet de dentelle dont émergent quelques boucles brunes. Elles sont perdues dans un grand lit, draps brodés, fond de lit, oreillers, aux mille nuances d’immaculé.

Joaquin Sorolla s’avère être un portraitiste hors pair. Il peint sa famille avec tendresse et simplicité. Sa femme et ses enfants sont ses modèles favoris. A noter un très joli portrait de son fils Joaquin, bel adolescent au regard perdu.

C’est une chance de pouvoir admirer ces toiles dans le cadre majestueux de l’Hôtel d’Assézat ; elles repartiront à Madrid dans quelques semaines et réintègreront la maison-atelier, devenue maison-musée, imaginée et conçue par Joaquin Sorolla lui-même.

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« Sorolla, maître du blanc et de la lumière à la Fondation Bemberg, à Toulouse, jusqu’au 13 septembre. www.fondation-bemberg.fr