« Global Warning »

Mordant et visionnaire. Martin Paar n’est plus, mais ses photographies resteront comme un témoignage extraordinaire de notre société de consommation qui va tout droit à sa perte. C’est à voir au Jeu de Paume à Paris. Photos Martin Paar/Agence Magnum.
USA. California. Venice Beach. From ‘Common Sense’. 1998.

Trop de tout….Le monde, selon Martin Paar, va inexorablement dans le mur. Et Martin Paar savait de quoi il parlait, lui qui l’a arpenté et photographié depuis plus de 50 ans. En plans serrés parfois brutaux, ou au flash, même en pleine lumière. 180 de ses photos à l’humour incisif, sur les 50 000 conservés à l’agence Magnum, sont exposées au Jeu de Paume à Paris. Et c’est Quentin Bajac, directeur du Jeu de Paume avec Martin Paar lui-même, avant son décès le 6 décembre dernier, qui ont fait la sélection. « Ce n’est pas pour autant une rétrospective« , précise cependant Quentin Bajac. L’accrochage ne suit pas un ordre chronologique et les thèmes qui courent sur cinq décennies de production sont liés, comme le souhaitait Martin Paar ».

Miyazaki, Japon, 1996

Grotte Bleue, Capri

Louvre Paris 2012

Venica, italie, 2005

« Kleine Scheidegg, Suisse, 1994

Plages bondées, surfeurs rutilants et musclés, queues infinies pour une glace: effet saisissant garanti dès la première salle aux murs rose pétard. Nous sommes bien dans l’univers très kitch et pourtant totalement réaliste et froid de Martin Paar, pour qui la plage est ce lieu de concentration des corps, travaillé par la mythologie du surf ou du lagon. Au passage, il détourne également les clichés des offices de tourisme ou les codes de la carte postale et s’essaie aux images les plus cruelles, comme celle qui montre des touristes qui ont payé pour assister à des funérailles en Indonésie. « Martin Paar est au service d’une observation critique, indirecte mais profonde« , explique Quentin Bajac. Il fait de la photo dans la photo, casse le rêve, joue avec les monuments« .

En creux, se dessine le portrait de la classe moyenne -la sienne- son terrain de jeu favori depuis ses débuts dans la photographie. C’est cru, drôle toujours, presque violent tellement cela déborde de partout. Des Anglais qui franchissent le Channel pour amasser de la bière bon marché, aux touristes qui photographient la Joconde sans la voir, aux queues sur le Machu Picchu ou les Alpes suisses, la démonstration est implacable à l’image également de ces photographies de poubelles XXL ou de mégots consumés, qui étaient selon Quentin Bajac, les clichés préférés de Martin Paar. « Il parlait de surconsommation, de dérèglement climatique et de destruction de la planète et de l’absurdité de nos sociétés occidentales travaillées par les dépendances technologiques, la frénésie consumériste, ou encore notre rapport ambivalent au Vivant », explique-t-il. Il en a d’ailleurs fait à chaque fois des livres, plus de 120, dont «Small word», l’un de ses best off sur le surtourisme ou « Commun sense », qui a été exposé dans 41 galeries dans le monde en même temps. 

SWITZERLAND. Zurich. 1997.

« C’est un travail documentaire très subtil et sérieux, beaucoup plus que certains commentateurs ont bien voulu le dire, ajoute Quentin Bajac. C’est plein de détails et cela nécessite de regarder de plus près. Prenez la plage par exemple. C’est un peu comme une scène de crime». Lucide, Martin Paar ne s’excluait pas pour autant de ce qu’il montrait et disait: « Je suis le premier à y participer pleinement et ce n’est pas une critique ».  

On retrouve au Jeu de Paume tous ses autres thèmes de prédilection : la prédation, la taxidermie, les voitures, les addictions technologiques et les gestes du quotidien, photographiés plutôt dans des petits formats et documentant au passage l’étendue du désastre en cours. Le tout est ironique, mordant.

180 des photographies caustiques et kitchs du britannique Martin Paar,  sont au Jeu de Paume à Paris. A voir absolument.
INDIA. Mumbai. Chowpatty Beach. 2018.

Avec à partir des années 80 des couleurs encore plus saturées et des photographies qui se concentrent sur les détails. Car ce qui l’intéressait c’était de «montrer le monde tel qu’il est, pas comme je le rêve ». Et c’est parfaitement réussi.

Y aller

« Global Warning » ou « Tout doit disparaître », jusqu’au 24 mai 2026 www.jeudepaume.org

 Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, à Paris 1er, fermé le lundi.