Adrien Fregosi – Les Moyens du Bord

Le 11 avril, le MIAM de Sète a ouvert ses portes à une nouvelle exposition. Elle tranche avec les précédentes puisqu’elle n’est pas conçue autour d’un thème, mais comme un hommage à un peintre, Adrien Fregosi,  fauché par la maladie à l’âge de 44 ans (1980-2024).

Adrien Fregosi, mort en 2024, peintre autodidacte, se revendique punk ; indubitablement sa peinture, ses collages, ses dessins le sont. Des silhouettes torturées sur de grands aplats de couleur vive, des citations de comics, Charlie Brown et Snoopie, gros nez et chaussure noire volumineuse.

Sa maladie est omniprésente dans ses dessins ou peintures. Ses bonshommes aux larmes d’encre sur aplat vert, synonyme d’espoir, ou rouge, symbolisant la colère, sont profondément émouvants. Ils rappellent que l’art est un formidable exutoire, ainsi qu’une force de vie. Mais il n’est pas possible de réduire sa peinture à la maladie. Ce serait injuste, Fregosi peignait avant. Comme s’il pressentait son destin de météore, la désespérance est partout dans ses toiles. Seule Alma, sa fille est représentée dans un halo doré, mi-humaine, mi-fée. Mais son visage est triste et fermé, comme si elle comprenait que la fin était proche. Particulièrement émouvante, la peinture à quatre mains, faite avec elle.

Il détourne le mythe de Sisyphe ; certes, sans relâche, il monte sa pierre en haut de la montagne, mais, dans d’autres représentations,  il peut aussi tourner en dérision le mythe et sa pierre, s’asseoir sur elle, manifestant ainsi un refus de toute autorité.

A cet hommage, sont conviés des artistes morts, que Fregosi a aimé, et des amis artistes avec qui il a travaillé. L’inégalable Roland Topor (1938-1997) veille au travers de quelques dessins au bon déraillement des choses. On pourrait les résumer avec ces quelques mots,  causticité cruelle et tranquille. Il n’est pas le seul. Robert Crumb (1943), héros de la scène underground et de la contre-culture, Derek Jarman (1942-1994), vidéaste iconoclaste, écrivain, sculpteur et militant infatigable des droits homosexuels,  Eva Nielsen, Olivier Milagou, Melody Lu, Paul Loubet, pour n’en citer que quelques uns, accompagnent cet hommage qui se termine par une installation picturale et musicale de Safia Bahmed-Schwartz, « Les abîmes ». Au travers de celle-ci, sans fin et sans issue, l’espace est hanté  par les fantômes et les chiens d’Adrien Fregosi. C’est aussi un moment de réflexion, porté par la force, l’énergie et l’amour de tous les artistes et amis qui ont accepté de participer à ce projet.

On ne peut que regretter une scénographie trop sage qui donne une image lisse d’un artiste qui semble loin de l’être. La bande-son de cette exposition aurait pu être le « no more heroes » des Stranglers, groupe inclassable des années 80.

Adrien Fregosi, est au Musée des Arts modestes (Miam) de Sète jusqu'au
Adrien Fregosi @ Marine Lang

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C’est à voir au MIAM jusqu’au 9 mars 2027

Renseignements et réservations : https://miam.org/ – 04 99 04 76 44