Carambolages

L’exposition du musée Paul Valery à Sète porte bien son nom, Carambolages. André Cervera en est l’initiateur. 40 toiles réalisées entre 2022 et aujourd’hui sont exposées jusqu’au 7 juin.

Sétois de « pura cepa », comme disent nos voisins ibères, André Cervera a donné ses premiers coups de pinceau au conservatoire de sa ville, puis a migré vers Montpellier. Compagnon de route des acteurs de la Figuration libre, mouvement qui a des racines profondes à Sète, il vole finalement de ses propres ailes. Grand voyageur devant l’éternel, ses pérégrinations l’amènent en Chine,  en Inde ou en Afrique. En quelques années (2022-2026), il a conçu ses pièces à l’aune de ses souvenirs. Le plus stupéfiant est son exploration de Sète qu’il arpente comme une contrée lointaine. Il fait s’entrechoquer ses souvenirs et la réalité d’aujourd’hui. Il fut un temps où Sète était un vrai port, avec ses marins, ses filles de joie et les bouges et bordels qui vont avec. Enfant, il vivait dans cette « Rue des fous » ; de sa fenêtre, il voyait les lupanars au touche-touche. Beaucoup de tendresse dans ce regard sur ces femmes, qui n’est pas sans rappeler celui sans jugement de Toulouse Lautrec. Par contre les hommes sont nettement moins à leur avantage. L’un a même une gueule de crocodile.

Le Sabbat 2025 @ ADAGP, Paris. Photo Pierre Schwartz

André Cervera a promené ce regard tendre de son enfance et sa curiosité des autres dans le monde entier.

En Afrique, il approche la communication avec l’invisible et la mort, et s’intéresse aux rituels chamanistes. Le sacré et le quotidien y sont intimement mêlés ;  les masques, la statuaire, les costumes et les objets du quotidien sont autant d’incarnation de cette mystique. On les retrouve pêle-mêle dans les toiles qui évoquent l’Afrique.

Pour André Cervera, le voyage se vit comme  une disponibilité à la rencontre de l’autre, un posture d’écoute, un oubli de soi et la construction progressive d’un lien de confiance qui permet d’ouvrir certaines portes. Ses voyages sont quasiment ethnographiques, très loin du surtourisme dénoncé un peu partout dans le monde et en particulier à Sète. Et les toiles qui en résultent témoignent de la connaissance et du regard sagace et curieux porté sur des êtres humains qui vivent dans des contrées lointaines, ou pas, pratiquent des religions très diverses, organisent des fêtes païennes ou religieuses. Rien de didactique, tout est dans un fatras organisé.

Si le voyage est important pour l’artiste, il rend compte d’un autre voyage, celui-là douloureux et parfois définitif, celui des migrants qui traversent la Méditerranée dans de frêles embarcations, au prise avec la tempête. Des corps torturés au visage terrifié se cramponnent tant bien que mal à leur radeau. Mais les couleurs sont pétantes. De loin, rien de tragique dans cette toile, version contemporaine du Radeau de la Méduse de Géricaut.

Photo BdV

Quelque soit l’endroit où il se trouve, il collecte affiches, posters, photos et les utilise dans un joyeux foutoir apparent. Mais ne jamais se fier aux apparences. Comme les poupées russes, la lecture de ces toiles se fait à l’infini, un détail pouvant en cacher un autre. Une exposition, pleine d’humour, de tendresse et de force, à voir absolument.

« Forêt imaginaire » . Photo BdV

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Musée Paul Valery, Sète. jusqu’au 7 juin.

www.museepaulvalery-sete.fr