Georges de La Tour ou la force du clair-obscur

Il reste moins d’un mois pour découvrir ou redécouvrir à Paris ce grand peintre de la première moitié du XVIIe siècle.

De Georges de La Tour, je ne connaissais que les quelques toiles du Louvre et des musées lorrains, celles disséminées dans des expositions à thème, et les innombrables reproductions qui ne peuvent pas transmettre à l’identique le clair-obscur et la translucidité des carnations.
Et l’exposition du musée Jacquemart-André est un enchantement, car elle embrasse toute la carrière du peintre, avec trente de ses œuvres exposées, alors que, dans le monde, seulement une quarantaine lui sont attribuées. C’est dire la richesse de l’exposition.

Cet artiste est né, en 1593, à Vic-sur-Seille, dans le duché de Lorraine, alors territoire indépendant du royaume de France. Il meurt à Lunéville en 1652. Mise à part une incursion à Paris en 1639,  où il est nommé « peintre ordinaire du roi » par Louis XIII, sa vie se déroule entre Lunéville et Nancy. Et ses sujets sont de petites gens, aux habits simples, que ce soit dans sa peinture profane ou religieuse. Le fond est sombre, l’éclairage est soit en clair-obscur, avec une lumière indirecte, soit provoqué par une bougie, qui éclaire un détail et laisse dans l’ombre le reste du tableau.

La Madeleine pénitente vers 1635-1640 ©Courtesy National-Gallery-of-Art-Washington

Je ne suis pas historienne de l’art, néanmoins je me pose quelques questions. La scénographie de l’exposition est parfaite, mais j’ai des doutes quant aux commentaires et cartouches qui expliquent les toiles. Il est fait référence à multiples reprises au Caravage, établissant un parallèle systématique entre les deux peintres en allusion avec l’utilisation régulière du clair-obscur. Si l’un et l’autre utilisent la lumière de façon similaire, utilisant des champs contre-champs lumière obscurité,  la comparaison s’arrête là. Là où les modèles de Caravage explosent de sensualité,  vêtus de brocart et d’or, ou complètement dénudés, ceux de Georges de La Tour sont sévères, quasi jansénistes. La Marie-Madeleine du Romain semble tout sauf repentante, celle du Lorrain est austère, pensive, le crâne qui l’accompagne se situe dans le courant des Vanités, repentance artistiquement organisée au  XVIIe siècle, sous l’influence conjointe de la contre-réforme et du jansénisme ; un miroir toujours présent  symbolise la vanité des apparences.

Le Reniement de Saint-Pierre-©-Musée d’arts de Nantes- Photo Cécile Clos

Les scènes de jeu le rattachent d’une certaine manière au Caravage, mais elles sont aussi traitées différemment. Que ce soit « Les Joueurs de dés » ou « Le Reniement de saint Pierre », ces toiles sont austères ; dans la première, la source de lumière est cachée et fait briller les cuirasses des soldats, les visages sont anguleux ; dans la seconde, la bougie tremblotante éclaire un visage cireux ou un tablier immaculé. Aucune ostentation, dans les deux cas.

De La Tour, qu’il s’agisse de peinture profane ou religieuse, représente ses sujets de manière aigüe, sans démagogie. S’il cherche à plaire, c’est au travers d’une vision réaliste de la société. Il n’embellit pas la réalité. Cubiste avant la lettre, les lignes sont fermes, rien ne vient adoucir les contours, le fond est sombre, sans décor. La lumière vient d’une robe rouge ou de bavolets et guimpes blancs. Sinon, les bruns sont déclinés à l’envi. Rien de tape-à l’œil ou de grandiloquent dans cette peinture.

Y aller

C’est à voir au musée Jacquemart-André à Paris jusqu’au 22 février 2026.

Renseignements et réservations : https://www.musee-jacquemart-andre.com/fr