A Sète, partez à la découverte du Miam, un musée hyper vitaminé

Le Musée des arts modestes de Sète propose « Superbemarché, papiers d’agrumes & Co », une exposition originale, ludique et politique à partir d’une impressionnante collection de papiers de soie aux motifs colorés et variés. A croquer jusqu’en mars 2026.

Raconter les siècles passés par le petit bout de la lorgnette, telle est la gageure que relève, depuis ses débuts, le Musée international des arts modestes de Sète – plus connu sous son acronyme : MIAM.

Cette année et jusqu’en mars 2026, l’exposition Superbemarché, papiers d’agrumes & Co donne à voir imagerie populaire autour d’un fruit jadis rare et précieux qui s’est démocratisé jusqu’à se transformer en jus ou en soda, plus ou moins naturels.

Antoni Miralda. ADN -DNA en collaboration avec la Todolí Citrus Fundació. 2024. Photo©DR


Ce qu’il reste de beaux morceaux de ce fruit savoureux – à savoir les étiquettes autocollantes collées sur sa peau, les papiers de soie qui longtemps ont entouré le délicat agrume, ses cagettes de transports en bois coloré puis ses bâches de camion multicolores ou encore le packaging froissé des gourdes de Caprisun – s’exposent comme autant d’œuvres d’arts modestes.

Des œuvres qui témoignent aussi de l’évolution d’un commerce de plus en plus globalisé et sans saisonnalité. En ce sens, Superbemarché, exposition originale et pleine de peps, s’avère aussi être une analyse juteuse du marché mondialisé de l’orange.

Laissez parler les petits papiers

On y apprend que, jusqu’à la fin du XIXe siècle, les agrumes sont rares, chers, réservés aux nantis. C’est pendant longtemps le seul cadeau de Noël des enfants pauvres. Pour en faire commerce, et pour des raisons sanitaires, on prend l’habitude d’entourer ces fruits précieux, symboles de soleil, de vitamine C, d’un papier de soie.

Avec le développement du commerce, l’orange joliment enveloppée devient un objet promotionnel en elle-même. L’emballage se fait décor. on y trouve des informations sur sa provenance, un logo, un nom commercial… En un mot comme en cent : c’est une publicité ambulante et individualisée ! Si chaque gamin des décennies 1950 à 1980 se souvient de ces papiers qu’on pouvait enflammer sans danger à la table familiale ou transformer en tortue en faisant rouler l’orange sous cette carapace improvisé, peu d’entres-eux ont conservé la trace de ce passé récent.

A Sète, le MIAM a rassemblée plusieurs milliers de ces papiers. Leur mise en scène par le duo de designers Rovo – composé des graphistes Gaëlle Sandré et Sébastien Dégeilh – est une réussite.

Sébastien Dégeilh et Gaëlle Sandré, lors de l’inauguration de l’exposition. @ninaT

On chemine ainsi entre des panneaux de papier de soie, une pyramide de fausses oranges colorées, une mandarine recomposée uniquement avec les petites étiquettes oblongues collés à même la peau de l’agrume, un montage gracieux de cagettes de fruits aux motifs variées, gais et colorés. Pourtant, « ces emballages publicitaires sont moins naïfs que leur graphisme laisserait le supposer. Ils racontent à leur manière tout un pan de l’histoire du commerce : de la culture vivrière à la mondialisation en passant par les empires coloniaux », notaient Sébastien Dégeilh et Gaëlle Sandré lors de l’inauguration de l’exposition en mars 2025.

Vitamine C et politique commerciale

Bien souvent les papiers d’agrumes ne sont qu’un succédanée de cartes postales ensoleillées vantant le travail des agrumiculteurs et de leurs familles, la beauté stéréotypée des pays méditerranéens et de leur folklore – en particulier espagnols et italiens – principaux fournisseurs du marché européen jusque dans les années 1960-70.

Des petits papiers de soie colorés et joyeux qui racontent aussi les préjugés de l’époque. @ninaT

De fait, si on s’amuse de la mise en scène des clichés sur les bienfaits santé de l’orange, fruit parée de toutes les vertus, on reste interdit devant la représentation coloniale et raciste des peuples africains ou surpris devant l’existence de papiers de soie contestataires et clandestins pour expliquer la dureté du travail des femmes.

Les représentations colonialistes et racistes des peuples africains s’affichent sans aucun problèmes sur les oranges durant les Trentes glorieuses. @ninaT


Les années 80 marqueront la fin de ces précieux papiers. Le recours aux fongicides et à la cire a en effet pratiquement mis au rebut ces témoins fugaces des différentes époques de notre consommation d’agrume : de la production locale jusqu’au commerce mondialisé. Avec Superbemarché, le MIAM fait joyeusement revivre l’histoire commerciale d’un fruit pas banal et de ces collections de fins papiers de soie protecteurs et séduisants mis en écho avec des œuvres d’artistes et de designers contemporains, comme Louise Bourgeois, Antoni Miralda, Eric Tabuchi et Nelly Monnier et bien d’autres. De quoi ouvrir nos yeux et réfléchir sur les images qui accompagnent et embellissent nos vies de consommateurs pas toujours avertis. Une exposition à déguster – vraiment – sans modération.

Infos pratiques

Musée international des arts modestes, jusqu’au 8 mars 2026. 23 quai Maréchal de Lattre de Tassigny, 34200 Sète. 

Plus d’infos sur miam.org