A Reykjavík, un musée qui a de la gaule

En ces temps caniculaires, il peut être recommandé de filer chercher la fraîcheur en Islande. Mais, la température locale peut étonnamment grimper en flèche en poussant la porte de l’étonnant musée phallologique planté au cœur de Reykjavik. A la fois scientifique, culturel et décalé, ce lieu atypique attire chaque année des milliers de visiteurs venus du monde entier.

De l’Islande, on connait ses geysers, ses aurores boréales, ses sources chaudes et ses cascades vertigineuses mais la petite île cache aussi une curiosité présentée comme unique au monde : un musée entièrement consacré au pénis. Le Musée phallologique islandais, en plein cœur de Reykjavík se veut un lieu d’information scientifique qui sait aussi faire rimer pédagogie et ironie.

Une idée un peu folle, devenue institution

Tout commence en 1997, quand un ancien professeur d’histoire, Sigurður Hjartarson, décide de partager sa collection personnelle avec le monde entier. Ce qui n’était au départ qu’une poignée de spécimens de phallus d’animaux exposés dans son bureau – une collection peut courante – s’est transformée progressivement en une véritable institution, gérée désormais par le fils du fondateur.

Qui à la plus grosse ?

Le musée revendique le titre de plus grande collection de pénis au monde : plus de 280 spécimens biologiques, provenant d’une centaine d’espèces différentes. On y trouve notamment d’impressionnants pénis de 17 espèces de cétacés, dont celui d’une baleine bleue d’un bon mètre soixante, ceux provenant de phoques, morses, d’ours polaire…

Une touriste française pose devant le phallus de la baleine bleue. ©NT

Bref, toute la faune mammifère, terrestre comme aquatique, est représentée dans ce surprenant musée. Mais, il a longtemps manqué à cette collection un pénis d’homos sapiens. Un documentaire canadien intitulé « The final member » relate d’ailleurs la quête de ce spécimen ultime. Un graal d’une taille pourtant modeste comparé à une grande partie du reste du règne animal, comme en témoigne ci-contre ce vieux document exposé au musée.

Tableau comparatif de la taille de différents pénis de mammifères avec en bas de l’échelle celui de l’homo sapiens sapiens. ©NT

Entre musée d’histoire naturelle et cabinet de curiosité

Le manque du membre ultime sera réparé au XXe siècle par un Islandais du nom de Páll Arason qui n’a pas hésité à faire don de la partie la plus intime de sa personne en offrant de son vivant son membre au musée. Lequel musée a a tout d’un mixte entre vrais musée d’histoire naturel et cabinet de curiosité, avec autant d’anatomies exposées sous de gros globes en verre ou flottant sans complexe dans de bocaux de formol.

©NT

La teub comme fait de société

Au fil des salles, le visiteur oscille entre informations scientifiques et constat de la suprématie phallique des sociétés humaines. Dessins, figurines, zizi boule à facettes, flûtes mexicaines en forme de pénis, fouets tressées en peau de zob animale, moulage des sexes de l’équipe nationale de handball islandaise, lettres de généreux – ou orgueilleux – donateurs pressés de voir exposés leur sexe au musée… On ne compte plus toutes les extravagances dont sont capables les mâles humains lorsqu’il s’agit de leur bas ventre. En creux se dessine aussi, avec beaucoup de recul et de distanciation, une vision des sociétés phallocratiques qui nous gouvernent encore.

Ce qu’on pourrait appeler avoir le feu au cul. Ci-contre, vrais moulages en cire des phallus de Jere, Ilo, Timo, Christopher ou Mohamed… autant de volontaires ayant transformé leur zizi en bougie. ©NT

Une touche de folklore et d’humour

D’ailleurs, le musée ne s’arrête pas à la biologie. Une salle entière est consacrée au folklore islandais, avec les organes (fictifs) d’un troll, d’un homme-sirène ou encore d’un cheval aquatique légendaire.

La cathédrale de Reykjavík aussi se dresse fièrement.©NT

Enfin, pour ceux que le musée laisseraient sur leur faim, un détour par le café boutique du musée est là pour combler d’éventuelles frustrations en proposant ses spécialités : de généreuses gaufres en forme de phallus et sa bière locale baptisée l’Icelandic Penis Ale. Le tout en regardant un petit film documentaire sur les particularités géologiques islandaises : ces drôles de concrétions rocheuses et autres stalagmitiques glaciaires aux formes naturelles si évocatrices.
De quoi se dire que décidément, en Islande, la nature elle-même est du genre très hot !

Musée mode d’emploi

Malgré son sujet incongru, le musée se veut pédagogique et sans une once de vulgarité. Raison pour laquelle il est une étape assumée pour environ 70 000 visiteurs par an. Il se visite en 45 minutes à 1h30 et se trouve à quelques pas du port et de la salle de concert Harpa. Compter environ 3 500 ISK (25 €) l’entrée. Pédagogique jusqu’au bout, il est gratuit pour les enfants.