Une forme olympique n’est pas la condition sine qua non pour boucler une randonnée de 14 kilomètres sur le territoire d’accueil des Jeux olympiques Paris 2024. De bonnes chaussures, si. Surtout si pour rallier la plus grande fan zone de France à l’ancien Village des Athlètes, on prend le temps de s’imprégner de l’ambiance séquano-dyonisienne (1). Un détour par une zone pavillonnaire, une incursion dans un parc ou un quartier replié sur son calme dominical. Le département a bénéficié de 80% des 4,4 milliards d’euros d’investissement pour l’aménagement de structures olympiques. La plupart de ces structures étant concentrées dans l’agglomération de Plaine-Commune qui regroupe notamment Saint-Denis, Saint-Ouen, La Courneuve, Aubervilliers…

La Seine-Saint-Denis a accueilli le Village des Athlètes, le Village des Médias, des piscines, des zones d’entraînement, mais aussi réaménagé des friches, construit des ponts et des passerelles, raccourci les distances, amélioré les déplacements… En s’engageant à réadapter ensuite tous les sites olympiques en lieux de vie pour les habitants. Travaux de réhabilitation, mises aux normes…, en 2026, la mue est quasiment achevée. Donc, dans le 93, pas d’ « éléphants blancs », comme on appelait au siècle dernier ces constructions olympiques sans plus d’affectation, laissées à l’abandon après les compétitions (elles font en général de très bons spots d’urbex…).
Le canal Saint-Denis, des cyclistes et des fresques

A l’extrême nord-est de Paris, le parc de la Villette est le plus grand parc culturel d’Europe, aménagé dans les années 80 par de grands noms de l’architecture ou de l’art, Jean Nouvel, Portzamparc, Buren… L’été, les Parisiens en font leur spot de pique-nique préféré, les téléspectateurs, eux, l’ont découvert comme lieu de rendez-vous des supporters de l’Équipe de France qui y célébraient chaque jour les athlètes au Club France. C’est notre point de départ pour remonter le canal Saint-Denis qui, pendant deux siècles, a permis aux embarcations en provenance du Havre ou de Rouen de relier le dernier méandre de la Seine au port de la Villette.
Ses berges réaménagées en font désormais un circuit idéal pour les cyclistes qui se lancent sur 60 km de pistes cyclables toutes neuves.
Le piéton, lui, profite de Street Art Avenue, ces quelque quarante fresques qui ourlent le canal. Deux nouvelles passerelles franchissent le canal, dont la passerelle Lucie-Bréart et sa longue rampe PMR en forme de boucle. Axe majeur pendant les Jeux olympiques, le canal Saint-Denis rejoint, cinq kilomètres plus loin, le Stade de France. « Le 93 a été pendant longtemps un département « servant » de Paris. Mais peu à peu, les fractures entre le département et la capitale s’atténuent. Et cela a commencé avec la Coupe du Monde de 1998 », rappelle-t-on du côté de Seine-Saint-Denis Tourisme.

Pleyel, un quartier fortissimo
Nous voici à proximité du quartier Pleyel, autrefois enclavé entre la Seine, une autoroute et un faisceau de 48 voies ferrées surgissant des gares parisiennes avec 2000 trains quotidiens. C’est dire l’isolement de ce qui fut dans les années 1960 une gigantesque zone industrielle. Le quartier doit sa notoriété tout en contraste à la présence jusqu’en 2013 de la maison Pleyel, la plus ancienne manufacture de pianos dans le monde, mais aussi à sa tour du même nom. Construit en 1973 pour accueillir des bureaux, ce gratte-ciel de 129 m de haut était surmonté d’une enseigne lumineuse rotative, visible à trois kilomètres à la ronde. Ce qui ne lui a pas épargné un destin de tour désaffectée, rongée par l’amiante. Le gratte-ciel s’est réinventé en hôtel de luxe, tout de blanc vêtu, inauguré quatre jours avant l’ouverture des Jeux.




Désormais, on rejoint le quartier grâce au Franchissement Urbain Pleyel, un ouvrage d’art magistral qui enjambe les voies ferrées. Signée Marc Miran, la partie piétonne de la passerelle arbore deux structures en forme de squelette de baleine ! Le panorama sur Paris y est sans pareil ! Au pied du pont, la gare Saint-Denis Pleyel a elle aussi été livrée dans les jours précédant les jeux. L’architecte Kengo Kuma l’a dessinée comme un origami, empruntant à l’art du pliage le dessin rythmé de la façade en bois et verre : neuf étages la relient au sous-sol et pourtant un maximum de lumière se déverse dans l’atrium. Ici même, l’événement Jeux olympiques rencontre l’événement Grand Paris Express, un futur réseau de métros automatiques qui s’étendra autour de Paris sur 200 kilomètres.
La double vie du Village des Athlètes
C’est ainsi que l’on quitte Saint-Denis, après quelques boucles champêtres dans ce bout de département. Voici Saint-Ouen-sur-Seine et son bel écoquartier des Docks tout hérissé d’immeubles ultra-contemporains autour d’un grand parc. Au beau milieu de la Seine, l’Île-Saint-Denis, bande de terre en forme de banane, constitue bel et bien une commune à part entière. Dans sa partie sud, la Grande Nef : une magnifique structure en verre et béton, valvée telle une coquille, palais des Sports en déshérence récupéré comme centre d’entraînement pendant les Jeux olympiques (et rénové depuis). Quel amateur de brutalisme des années 70 n’a pas eu envie de l’épingler sur son compte Instagram ?

Mais rejoignez donc la pointe nord de l’île : là se dessine enfin l’amorce du fameux Village des Athlètes, à cheval sur trois communes du département. C’est le « dur » de l’héritage, une ville construite pour être pérenne. Livré par la SOLIDEO, Société de livraison des ouvrages olympiques, grand comme 70 terrains de foot (52 hectares), le Village a hébergé pendant la phase olympique jusqu’à 14 500 personnes dans une ambiance ouvertement festive, consacrant un étage aux plus petites délégations officielles, tout un immeuble aux pays les plus représentés. « Sa principale originalité ? Avoir été pensé pour être livré en deux phases, et selon deux configurations distinctes : d’abord pour les athlètes, puis, en phase héritage, pour les propriétaires et les locataires », explique Olivier Meier, directeur de Seine-Saint-Denis Tourisme. Cet écoquartier à usages mixtes (logements, bureaux, commerces, équipements publics…) a été construit massivement en matériaux bio-sourcés (bois, béton ultra bas-carbone, matières recyclées…). Les chambres/salles d’eau des athlètes ont été depuis reconfigurées en appartements… Construits en îlots, les immeubles sont organisés autour de futurs espaces de verdure. Au-delà de la passerelle olympique Louafi Bouguera (du nom du premier Franco-Algérien médaillé d’or olympique à l’épreuve du marathon en 1928), et de la place des Athlètes, le quartier reçoit peu à peu ses premiers occupants.



Une cantine XXL, une méga-piscine
Les athlètes prenaient leur déjeuner dans la Cité du Cinéma voisine, à Saint-Denis (on passe décidément d’une commune à l’autre sans s’en rendre compte !), reconvertie en cantine géante. C’est Luc Besson qui en 2004 se prend d’affection pour cette ancienne centrale thermique désaffectée où il loge des sociétés de production, des ateliers de construction de décors et ses propres studios de tournage. Dans la nef monumentale de ce formidable bâtiment de 18 000 m², porté par une structure Eiffel, trône une dernière turbine repeinte en rose.
Besson a depuis déserté les lieux, restent sur place deux écoles de cinéma mais en 2026 la Cité du Cinéma, qui veut s’ouvrir enfin sur le quartier, programmera régulièrement des événements, des marchés et des projections. Encore quelques centaines de mètres et l’on rejoint le CAO, comprendre : le centre aquatique olympique.

En parallèle de Paris La Défense Arena (épreuves de natation) où Léon Marchand nous a éclaboussés de bonheur, le centre aquatique de Seine-Saint-Denis a accueilli les épreuves de plongeon, de water polo et de natation artistique. Une toute nouvelle passerelle (encore une !), lancée au-dessus de l’autoroute A1, le relie au Stade de France. C’est depuis ce franchissement minéral qu’il faut admirer la forme souple de la piscine XXL, avec son toit concave unique au monde qui permet de réduire de 30% le volume d’eau à chauffer dans les bassins ! A l’intérieur tout est à l’avenant : mobilier réalisé avec du bois récupéré sur le chantier, sièges de gradin fabriqués à partir de bouchons plastiques… Réaménagés, les quatre bassins du CAO accueillent aujourd’hui tous les publics du quartier.
Un département « touristiquement différent »
Si les JO Paris 2024 ont braqué les projecteurs sur la Seine-Saint-Denis, ce département méconnu, cible d’idées reçues, n’a pas attendu 2024 pour séduire les touristes, foi de Parisienne venue souvent en voisine.





En terme de patrimoine classique, la Basilique de Saint-Denis est certes le joyau essentiel au nord de Paris. Mais à la fin du siècle dernier la désindustrialisation de ce territoire ouvrier l’a forcé à se réinventer. Aujourd’hui, on en visite le patrimoine industriel reconverti en tiers-lieux, résidences d’artistes, fermes urbaines… Plus inattendu : les marques de luxe sont venues chercher en Seine-Saint-Denis des adresses discrètes, comme Chanel à la lisière du périphérique dans son « 19M » dessiné par Rudy Ricciotti, ou l’école de cuir Hermès logée dans une ancienne imprimerie de Pantin. « Les Jeux ont ajouté une autre corde à notre arc, suscitant encore aujourd’hui l’engouement chez le public français ou international qui veut en retrouver l’ambiance. Un effet « whaou » que nous exploiterons encore trois ou quatre ans », poursuit Olivier Meier.
Alors, le 93, destination touristique à part entière? « Notre stratégie est plutôt de faire exister les richesses de la Seine-Saint-Denis dans une vision élargie de la destination Paris. Et d’estomper la barrière symbolique du périphérique ».
Et aussi
–La basilique Saint-Denis – Depuis plus de 170 ans, la basilique cathédrale Saint-Denis, qui est aussi la dernière demeure des rois de France, est privée de sa tour et de sa flèche nord. Le chantier de reconstruction démarré en mars 2025 durera cinq ans. En attendant, la Fabrique de la Flèche permet au visiteur de plonger dans ce chantier, grâce à des précédés immersifs, des expositions et des ateliers.
–Un circuit dans les lieux de mémoire – Le 93 est aussi un territoire de mémoire, marqué par les épreuves de la Seconde Guerre mondiale. Ouverts à la visite : le mémorial de la Shoah à Drancy et l’ancienne gare de déportation de Bobigny.
–Les coulisses du Stade de France
Oui, ce magnifique stade-forteresse se visite, sur les pas d’un guide qui vous mènera, de passage secret en escalier SP (sapeurs-pompiers), jusqu’à la sacro-sainte « zone des joueurs » (vestiaire, sanitaires, salle d’échauffement…).
-Une croisière commentée sur le Canal de l’Ourq, un pique-nique dans les vallonnements fleuris du magnifique parc Georges-Valbon (anciennement parc de la Courneuve), une virée shopping dans les Puces de Saint-Ouen…
–Le Prisme : un tout nouveau hub handisport à Bobigny, sous une architecture aux lignes douces. Utilisé par Paris 2024 pour accueillir des entraînements lors des Jeux paralympiques, c’est aujourd’hui un centre sportif complet, escalade, tir à l’arc, danse, boccia…
–Le Village des Médias. Qu’est donc le village devenu ? Une ville-jardin ou du moins un quartier d’habitation vert et durable de la ville de Dugny, près du Bourget.
Carnet de bord
Où Dormir ?
H4 Hotel Wyndham Pleyel Paris – Vertigineux à l’extérieur, luxueux à l’intérieur ! Le H4 Hotel Wyndham Pleyel Paris est le nom sophistiqué donné à l’ancienne tour Pleyel, phare emblématique de ce quartier industriel. Y dormir dans le meilleur des cas. Au pire, rejoindre le Skybar panoramique au 40ème étage. Vue inédite sur Paris.
MOB Hôtel à Saint-Ouen – Au beau milieu du quartier des Puces. Plus qu’un hôtel 3 étoiles, un lieu de vie avec sa terrasse XXL, son potager, ses espaces de coworking…, conçu par Cyril Aouizerate, co-fondateur des hôtels Mama Shelter
EasyHotel Paris Aubervilliers – A proximité du CAO et du Stade de France, il est situé dans le tout nouveau quartier, ultra-contemporain, du campus Condorcet. Ouvert en 2023, c’est un établissement 2 étoiles aux tarifs économiques.
Où se restaurer ?
La Communale – On aime beaucoup ce concept de foodcourt dans le quartier des Docks à Saint-Ouen. Un ensemble de comptoirs pour déguster de la cuisine locale et internationale sur des tables d’hôtes.
O’ Grand Breton – Face à la Maison d’éducation de la Légion d’Honneur à Saint-Denis (voilà un autre lieu à visiter), un restaurant de cuisine française traditionnelle.
Le Bouillon du coq – Comme un bouillon populaire mais signé du chef étoilé Thierry Marx. Des plats maison à tarifs abordables, à Saint-Ouen.
Se renseigner :
- www.pop-plainecommune.com
- www.tourisme93.com
- Site #ExploreParis
