La Guyane en dix jours/ suite

Savoir-faire amérindien

@ Damatsu Corporate
Le maluana, ou ciel de case, sur lequel sont peints les esprits de la forêt @ Damatsu Corporate

Approcher les Amérindiens, -qui seraient encore 10 000 environ à vivre dans des villages reculés-, sans quitter la zone côtière : c’est possible au Centre culturel amérindien Kalawachi de Kourou. Inauguré en 2009, c’est le lieu idéal pour s’initier à l’artisanat, la gastronomie et les plantes médicinales des peuples premiers.

Au cœur d’un jardin tropical de trois hectares, s’élève un vaste carbet en bois au toit en feuilles de palmiers. Cette structure architecturale traditionnelle de Guyane, originaire des cultures autochtones, permettait autrefois de stocker la nourriture et les outils à l’abri de la pluie, mais aussi de réunir la communauté. Celui du Centre Kalawachi, est rond, typique du peuple Wayana, l’une des six communautés amérindiennes de Guyane avec les Kali’na, les Arawac, les Palikur, les Teko et les Wayampi. Quand on scrute le « plafond », on voit le maluana, le ciel de case, sur lequel sont peints les esprits de la forêt.

Sous ce ciel plein de poésie qui témoigne de la grande spiritualité des Amérindiens, Hugo Joseph nous accueille.

Né en France, d’une mère marseillaise et d’un père issu de la communauté Kali’na, il a grandi en Guyane. En 2024, après la mort de son père, co-fondateur du Centre Kalawachi, il a repris le flambeau. « Moi je ne parle pas le kali’na, je le comprends. Mon père qui était né en 1957 a eu l’obligation d’aller à l’école française jusqu’à ses 16 ans où il n’avait pas le droit de parler amérindien. Alors il n’a pas pris l’habitude de nous parler la langue du village. Notre langue n’est pas écrite. Tout se transmet oralement, et on commence à perdre certains savoirs. Alors ici, on travaille à la mémoire et à la transmission », explique le jeune homme, déterminé à faire connaitre sa culture à travers des activités traditionnelles.

Hervé Joseph @ Juliette Tissot

Son cousin Hervé anime l’atelier de gravure sur calebasse. Chaque participant vide d’abord le fruit, fait sécher au soleil la coque coupée en deux puis grave des motifs. L’objet une fois terminé, peut servir de récipient comme dans les villages amérindiens ou de décoration. De leur côté, Vanilza et Julita, de la communauté des Palikur, proposent un atelier vannerie, un art ancestral où on utilise des fibres naturelles teintes ou non, pour créer des paniers, des nasses et des objets du quotidien. On choisit les tiges d’arouman, un arbuste en forme de roseau, pour les tresser et les transformer en panier. Vanilza et Julita sont aussi venues avec de très jolis bijoux fabriqués avec des matériaux issus de la forêt. L’occasion d’acheter des colliers, des bracelets ou des boucles d’oreilles réalisés à partir de graines de végétaux enfilées sur des lianes ou des végétaux tressés.

Quand sonne l’heure de déjeuner, c’est un ingrédient typiquement amérindien qui s’invite à table : le manioc. Sous forme de kassav (galettes) fait avec du kwac (farine), de graines dans un taboulé et même de glace au dessert, on découvre le goût de ce tubercule qui est la plante la plus cultivée de Guyane. Il faut se sentir chanceux d’avoir son assiette bien pleine car dans la culture amérindienne, les enfants n’ont pas toujours cette chance. « Dans les villages, on installe toute la nourriture du repas, raconte Hugo Joseph.  Les hommes mangent d’abord car ils ont besoin de force pour aller chasser, parfois toute la nuit. Ensuite, les femmes viennent manger. Quand elles ont fini, ce sont les enfants qui viennent manger. S’ils ont de la chance il reste encore à manger, mais si les adultes avaient très faim, il ne reste plus grand-chose, alors les enfants ont faim et vont devoir se débrouiller pour combler leur faim et donc aller cueillir, chasser, pêcher. C’est une façon d’éduquer ». Une façon de permettre aux enfants de devenir des adultes capables de subvenir à leurs besoins et de survivre dans la forêt. Et quand il y a des bobos, des maladies, les Amérindiens savent aussi se soigner grâce aux plantes. Hervé nous emmène dans le jardin où chaque fleur, chaque feuille possède des vertus bien connues des chamans. « Le concombre amer sauvage guérit la varicelle, le gros thym soigne la grippe et le foie et cette fleur jaune, le tournesol d’Amérique du sud, transformée en sirop ou en infusion est très bonne pour la circulation du sang ». Un charmant petit iguane vert traverse le jardin. « C’est aussi bon que le poulet, nous assure Hervé, mais en ce moment c’est la période de reproduction donc la chasse est interdite »

 Tant pis, on ne goûtera pas l’iguane, mais on repart avec le sentiment d’avoir saisi un peu de l’âme amérindienne. Et si on souhaite prolonger l’expérience, il est possible la nuit venue de dormir dans un hamac dans le carbet.

Centre amérindien Kalawachi

Route de Dégrad Saramaca à Kourou

Demi-journée découverte 10h-15h sur inscription

Tél. et WhatsApp : +33 6 27 26 54 03

https://www.facebook.com/centreamerindienkalawachi/?locale=fr_FR