Le mouvement Supports/Surfaces était pour moi, jusqu’à ce jour, un concept abscons. Grâce à Daniel Dezeuze, et son exposition au musée Paul Valéry, le concept l’est un peu moins. Dire que j’ai apprécié la totalité de l’exposition serait exagéré. Mais une fois de plus, le musée Paul Valéry ouvre des horizons et permet au plus grand nombre d’accéder à un travail qui peut sembler hermétique, grâce à un accrochage judicieux et bien pensé.
Les œuvres proposées recouvrent les 25 dernières années. Et il est étonnant de constater que cet artiste d’un certain âge, il est né en 1942, continue d’inventer de nouvelles formes, explore de nouvelles matières, bouscule les idées reçues. Nous sommes loin du vieillard qui ressasse le mouvement des débuts.
Mais prenons l’exposition par son commencement. La première salle, censée évoquer le chant des oiseaux, s’apparente, pour moi, plus à de la déco. De petites billes de couleur et taille diverses, des cubes de bois, disposés artistiquement sur des tiges métalliques, piquées dans une planche de polypropylène, ne m’évoquent pas grand chose. Je n’entends pas le rossignol. Mais c’est aussi un clin d’œil à Mondrian. Et je note mon inculture. Car le lien m’échappe.
Suivent les Diptyques ou Echelles chinoises, chaque échelle étant un hommage à un Maître chinois de l’ancien temps. La série Tsimtsoum fait référence au concept de la Kabbale.
Arrive la série Solve et coagula qui renvoie à une devise alchimique, « Dissous et coagule », qui suggère la succession des opérations de transformation de la matière.




Et puis, arrivent les Tableaux-valises, valises évidées, grillagées, peintes. L’imagination de chacun peut enfin s’envoler. Ne pas être pris au piège d’un concept. Evidemment le Tableau-valise est un concept, mais ouvert sur l’horizon, le voyage, l’évasion, la migration, l’ailleurs rêvé ou haï. D’autant que les valises en question montrent plus la mythique valise en carton, symbole d’un exil volontaire, pas forcément choisi, qu’une Delsey qui embarque vers des destinations clinquantes et protégées.
Après ce voyage immobile, la salle suivante invite à un voyage dans le temps. Daniel Dezeuze donne à voir une évocation vibrante du Moyen-âge au travers de blasons et boucliers, un Moyen-Age apaisé. Les croisillons, les alternances de couleurs et les agencements géométriques composent une grammaire qui fait dialoguer passé et présent. Chaque blason se fait ainsi surface d’expérimentation, figure emblématique sans emblème. Les boucliers deviennent des surfaces de réflexion picturale. Leurs structures ajourées, leurs trames légères et leurs variations chromatiques déplacent l’objet vers le champ de l’art, entre peinture et sculpture.
Puis il s’essaye à la géométrie architecturale, créant ainsi un univers radicalement différent des précédents. L’exposition se termine par une autre facette de l’artiste, le poète illustrateur.
En conclusion de cette balade au musée Paul Valéry, pour saisir toute la subtilité des œuvres de Daniel Dezeuze, il faut un sérieux bagage culturel, allant de l’idéogramme chinois en passant par la Kabbale pour arriver à l’héraldique moyen-âgeuse. On peut aussi se laisser porter, faisant abstraction de tout ce bardas, afin d’apprécier la fraîcheur créative de ce vieux monsieur. Photos Gilles Hutchison.
Y aller
C’est au musée Paul Valéry jusqu’au 8 mars 2026 – 148, rue François Desnoyer – 34200 – Sète
Tél. : (33) 04 99 04 76 16 – www.museepaulvalery-sete.fr – museepaulvalery@ville-sete.fr
